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Peut-on s’attaquer aux monuments de la littérature mondiale en toute impunité ? Est-il besoin d’ajouter sa voix à ce qui a déjà été dit sur ce roman culte ? Là vous vous dites : ça y est, elle va massacrer ce chef-d’œuvre, ne faire qu’une bouchée d’une des plus belles histoires d’amour que l’histoire ait jamais portée, la bougresse! Que va-t-elle nous sortir ? Nous démolir Anna Karenine à coup de cuillère à pot, nous achever Vronski sans vergogne, descendre en flamme Levine et Kitty ?! Mais non les amis, comment oserais-je ?

Que vous dire mise à part des banalités : j’ai plongé dans la Russie tsariste de cette fin XIX siècle avec une délectation romantique proche de celle qui m’a accompagnée toute ma jeunesse lors de mes visionnages de Sissi. Voilà, tout est dit : Anna l’indomptable romantique qui sacrifie son rang, sa famille et sa fierté pour un homme beau et orgueilleux. Vronski, le valeureux et viril officier éperdu d’amour pour cette femme mariée, inaccessible, et que rien n’arrête dans sa poursuite du bonheur amoureux. Levine, le gentleman farmer aux idées arrêtées, si peu mondain et pourtant fou de la jolie et douce princesse Kitty qui ne jure que par le ténébreux Vronski. Ah magie des amours compliquées.

Tolstoï nous entraîne de salons en antichambres, dans les demeures les plus sublimes, au cœur du gratin russe, entre Moscou et Saint Petersbourg, et hop une valse de Strauss, et hop une virée en calèche le long des domaines gigantesques et fertiles où gambadent de jolis animaux. Mais accrochez-vous bien : derrière les strass de la bienséance sourd une colère populaire. Derrière une belle robe de soie portée par une aristo, se cache une gouvernante ; dans les champs regorgeant de richesses se terrent des paysans récemment libérés des affres du servage; derrière les progrès du chemin de fer, ce sont des ouvriers aux mains et à la figure noircies de suie. Croire qu‘Anna Karenine ne se résume qu'à une histoire d’amour serait si peu comprendre l’œuvre de Tolstoï et son ambition. Tout dans ce roman n’est que prétexte pour décrire sa vision sociale et politique : doit-on instruire les plus pauvres, renoncer aux privilèges de classe, abandonner l‘ancien système féodal et ouvrir la Russie aux idées nouvelles, au progrès ? Le socialisme n’est déjà pas si loin dans ce roman et l’on sent les prémices de la révolution d’octobre de 1917.

Profondément romantique, terriblement actuel, romanesque tout autant qu’essai social et politique, démesurément russe dans ce qu’il a d’excessif, Anna Karenine est un monument, oh oui pas de doute possible. Et même si les 30 dernières pages ont été un supplice tant j’étais épuisée par l’ampleur des 1000 pages que j’avais déjà ingurgitées, comme si je gravissais les 100 derniers mètres de l’Everest, j’ai vibré comme rarement cela m’a été donné de le vivre. 

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