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Dans le marasme littéraire qui est devenu mon quotidien en ce début d’année, un bien joli roman s’est fort heureusement greffé. Alléluia, le mois de janvier n’aura pas été vain !  

Lu d’une traite, tranquillement installée sur mon canapé, une tisane à portée de main, L’étrangère est exactement le genre de romans que j’affectionne. Pourquoi ? Parce qu’ils me font du bien au moral, des sanglots coincés dans la gorge, très émue et en même temps heureuse d’avoir été aux côtés de personnage hauts en couleur à la destinée romanesque, malmenés par le rouleau compresseur de l’Histoire et qui s’en sortent malgré tout à force de pugnacité.

Et puis, Valérie Toranian y parle de sa famille, notamment de sa grand-mère, Aravni, l’immigrée arménienne, sa nanni avec laquelle elle a entretenu une relation complexe faite de complicité, d’amour mais aussi de non-dits des deux côtés, l’une taisant son terrible passé, l’autre parfois honteuse de cette grand-mère qui ne rentrait pas dans le moule classique de la mamie française. Je ne vais pas vous le cacher, mon cœur de petite-fille a été énormément touché par cette histoire car je me suis reconnue dans ce portrait. J’ai la chance d’avoir eu une grand-mère du type mamie gâteau à la mode méditerranéenne, qui me parlait beaucoup du passé, nostalgique de son Algérie tant aimée, à coup de makrouds, de bonne louchée de couscous parce qu’il faut manger ma fille ! Aravni fait de même avec Valérie (la gavant de gâteaux arméniens dans le dos de sa belle-fille française très attachée aux repas sains et équilibrés ;)).

Surtout, L’étrangère est une déclaration d’amour faite par l’auteur à sa grand-mère qui a vécu le génocide arménien de 1915, alors qu’elle n’était qu’une jeune fille de 16 ans. Avant la Shoah il y eut ce drame atroce qui a vu mourir 1,5 millions d’Arméniens de l’empire Ottoman.  Aravni perdra tout dans cette tragédie : son père, sa mère, sa petite sœur adorée, son mari. Son seul compagnon de route fut sa tante, la seule qui ait survécu. De camps en marches forcées meurtrière, d’exactions en vexations de toutes sortes, elle verra le pire de ce que l’homme est capable d’infliger à autrui. Il aura fallu du temps pour qu’Aravni se confie à sa petite-fille, quasiment à la fin de sa vie. Pas évident de parler de ces choses-là à quelqu’un qui ne pas peut comprendre, la fameuse solitude des survivants de génocides. C’est extrêmement émouvant.

Comment peut-on encore en 2017, occulter cette page de l’histoire qui ne fait l’objet que de quelques lignes dans les manuels ?! Cela me révolte et c’est pourquoi le récit de Valérie Toranian est d’autant plus important. Courrez lire ce roman, ce témoignage, pour la mémoire de ceux qui ont vécu l’enfer, pour ne pas oublier, pour faire un pied de nez à une communauté internationale qui sous couvert de relations diplomatiques, accepte de taire le pire !  

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