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Je pense que nous sommes tous plus ou moins pareils quand un roman nous est présenté comme une claque, un uppercut, une révélation : nous éprouvons l'irrésistible envie de nous ruer dessus tout en nous méfiant instinctivement devant un tel concert d'éloges. Comme vous vous en doutez, Je me suis tue appartient à cette catégorie de romans qui font l'unanimité (sinon pourquoi débuter ma chronique de cette façon, CQFD). Et face à tant de louanges, surtout pour un 1er roman, j'ai craqué pour ce récit d'une centaine de pages seulement. Cela ne commençait pas très bien entre lui et moi car j'ai encore du mal avec le concept d'un roman court qui développerait suffisamment de thèmes pour me happer (et comme j'avais tort).

 

C'est donc mal connaître Mathieu Menegaux, tant ce roman m'a scotchée. Court mais si intense (je ne parle pas d'un espresso Voluto), punaise, mon cœur de femme a sacrément morflé tellement l'histoire de Claire, notre narrateur, est d'une dureté implacable.

 

Se taire, Claire l'assume depuis des mois du fond de sa cellule de la prison pour femmes de Fresnes. Qu'est-il arrivé à cette quadra dynamique, cadre sup, bourgeoise parisienne par excellence, mariée au séduisant Antoine, admirée de tous, libre dans sa tête (Diego?) dans son corps, femme aimante et aimée, amante coquine ? Pourquoi croupir en prison alors que la vie semblait un chemin tout tracé, pavé de bonnes intentions ? Se taire, Claire s'est obstinée. Mais un jour, les vannes cèdent : tout lâcher, enfin, par le biais de sa confession salvatrice, rédemptrice. Ce roman sera son ultime témoignage. Croyez-moi, vous n'en reviendrez pas.

 

Dire qu'un homme a pu aussi bien décrire les tourments d'une femme aux prises avec l'innommable, j'ai encore du mal à le croire ! Ce portrait est d'une justesse et d'une violence, oui quelle claque, difficile de dire autrement. Claire est une anti-héroïne complexe de grand cru, attachante alors que son geste, lui, est impardonnable. La dureté de certaines scènes est à vous couper la chique et les trémolos dans la gorge n'étaient jamais très loin. Claire est l'incarnation de la victime qu'on ne peut s'empêcher de détester, jaloux que nous sommes face à tant de chance. Quand les idoles tombent, la curée n'est jamais loin. Claire paye pour son geste mais aussi pour ce qu'elle est : une femme à qui tout réussissait et à qui on pardonne encore moins qu'une autre. Dur mais un fait.

 

 

 

 

 

 

 

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