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Même si Grace reste encore bien présent dans mon esprit, j'ai pris plaisir à lire Les corps inutiles. Enfin plaisir est un terme plutôt inapproprié au regard du thème du roman : les conséquences d'une tentative de viol sur une jeune fille de 15 ans et comment cet événement à chamboulé toute son existence. Ce livre ne passe pas inaperçu c'est le moins que l'on puisse dire et vous n'en sortirez pas indemnes, surtout si vous êtes une femme. Delphine Bertholon donne la parole à Clémence qui a survécu à une tentative de viol alors qu'elle se rendait à une fête. Bien qu'il ne se soit rien passé, l'homme a fait usage d'une arme et la souillure est bien présente. Clémence, du genre taiseuse ne dira rien à personne, sauf à son petit ami du moment qui dédramatise la chose vu qu'il ne s'est "techniquement" rien passé.  

 

 

 

Clémence s'enferme dans un mutisme de façade, devenue insensible à son environnement. Un corps inutile qui ne ressent plus rien, ni plaisir, ni désir, ni émotion, une belle carcasse qui fait rêver les hommes, suscite leur désir et leur amour sans que jamais la réciproque soit possible. Le choc du viol a déconnecté Clémence de son rapport au corps et comme une punition, un souvenir, une façon de l'affirmer haut et fort, se donne machinalement, mécaniquement, à des hommes de passage en mémoire de cette date fatidique quand elle avait 15 ans. Une vie de surface, une survie en somme. Mais à l'aube de ses 30 ans, Clémence fera une rencontre qui bouleversera sa vie.  

 

D'abord réticente et gênée par le personnage de Clémence, poupée froide aux désirs et sentiments étouffés, je me suis peu à peu laissée apprivoiser par le style quasi clinique employé par Delphine Bertholon, dont la froideur n'est qu'en surface. On peut être choqués par la description sans émotion qui est faite de la tentative de viol et j'a failli reposer le roman devant cette distanciation. Puis le doute laisse place à la colère, devant la dédramatisation du viol faite par le petit ami de l'époque (sombre petit con) et le désintérêt des parents qui ne voient rien ou font semblant de ne pas voir que quelque chose a changé chez leur fille, l'attachement gagne du terrain face à ce corps inutile qui n'aspire qu'au bonheur sans y parvenir physiologiquement.  

 

Les corps inutiles est un bon roman en ce qu'il est exigeant et dérange. Le sentiment de profond malaise reste prégnant, on s'en accommode c'est tout, comme d'une constante voulue par l'auteur pour nous mettre au même niveau que sa protagoniste. Elle souffre, à nous de le ressentir dans notre chair. Elle ne ressent rien, nous aussi devenons ces corps inutiles qui arpentent la vie sans nos attacher aux choses, aux gens. Jamais roman n'aura aussi bien porté ce titre je vous l'assure.   

 

 

 

 

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