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Je suis sacrément embêtée avec ce roman. J'aurais tellement aimé ressortir de cette lecture submergée par l'émotion, la tristesse tout comme la colère, l'enthousiasme, le cœur serré et la gorge nouée. Mais rien de tout cela n'est arrivé. Niet, nada, rien, si ce n'est le sentiment d'en avoir appris un peu plus sur la Libye, le régime de Khadafi et sa manière bien à elle de gérer la question des opposants politiques. Voilà.

 

Pourtant, quelle quête que celle menée par Hisham Matar concernant le sort de son père, un des principaux opposants politiques de Khadafi, enlevé grâce à la belle coopération des services égyptiens, au nez et à la barbe de sa famille exilée au Caire (vive l'entente entre les dictatures, que c'est beau l'amitié).

 

En 2011, au moment où la Libye se libère du joug de 40 ans de dictature, portée par le souffle impétueux des printemps arabes, Hisham Matar revient sur ses terres, parmi les siens, bien décidé à faire la lumière sur ce père dont il n'a plus eu de nouvelles un jour, taraudé par cette obsédante question : est-il mort ? A t-il été massacré comme 1200 autres dissidents un beau matin de juin 1996 dans la prison d'Abou Salim ? A-t-il succombé aux tortures, à la faim, à la peur ou au désespoir ?

 

Hisham Matar entremêle dans un incessant va et vient, souvenirs d'enfance auprès de ce père aimant et cultivé, courageux et pugnace, adepte des Lumières, l'après, cette survie en tant que jeune adulte privé de père qui se transforme en un homme mur hanté par l'incertitude, et son enquête auprès de ceux qui ont, d'une manière ou d'une autre, côtoyé Jaballah Matar et pourraient apporter un éclairage nouveau sur son sort. C'est d'ailleurs cette alternance d'époques, la multitude des personnages, des témoignages, la grande histoire comme l'histoire intime mélangés dans un tourbillon narratif, qui m'a semée en cours de route pour ne jamais me retrouver. Le récit d'Hisham Matar est fabuleux, je ne peux le nier mais la forme, distante et distanciée, cette enquête quasi clinique, digne d'un reportage de guerre, une façon pour l'auteur de se protéger sans doute, m'a déçue. Je n'ai pas adhéré au traitement de cette autobiographie qui m'a donc gardée à distance. Fort heureusement, quelques beaux passages ont sauvé mon impression générale mais ce ne sera pas suffisant.

 

Je ressors enrichie de savoir sur ce pays quasi inconnu (si ce n'est Khadafi et quelques infos glanées sur la révolte de 2011 et encore), complexe également, étonnée, outrée, choquée par la barbarie sans nom d'une dictature cruelle au final peu connue. En revanche, je demeure une coquille un peu vide lorsqu'il s'agit de l'affect, du ressenti. Mais que cela ne vous empêche pas de vous forger votre opinion car la majorité des lecteurs a été touchée par ce récit, cette histoire « vraie », digne d'un roman (tiens donc) et par ce fils aimant, Hisham, à la recherche d'un père qui aura façonné l'être qu'il est.

 

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