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J’ai découvert cet étonnant roman grâce à la chronique de Sandrine qui en parlait avec beaucoup de chaleur. Roman étonnant car le pouvoir de l’imagination le dispute aux sujets bien plus cruels que sont la solitude, l’annihilation du quotidien et même les drames de l’histoire.

Pas vraiment fan de Boris Vian dont l’univers, notamment celui de L’écume des jours, dépasse mon côté très cartésien (voire terre à terre), c’est donc intriguée et un peu sceptique que je me suis lancée à la découverte de Gilles Marchand dont on a inscrit l’œuvre dans la droite lignée de notre auteur surréaliste. En effet, la parenté est assez évidente et certains passages d’absurdité (je citerai l’exemple des poubelles s’entassant dans la cage de l’escalier du personnage principal, sorte de gorgone à 10 têtes aux ramifications incontrôlables et du voisin, ancien militaire qui en a fait des tranchées dignes de 14/18) sont des touches de poésie surréalistes qui fait étrange, ne m’ont pas tant rebutée que cela (deviendrais-je moins cartésienne ?).

Passons l’aspect absurde du récit et concentrons-nous sur le fond du roman. Notre héros est un comptable à la vie bien rangée : train, travail, pauses et loisirs sont codifiés et orchestrés avec une régularité et une récurrence qui permettent de cadrer sa vie, comme un besoin de règles pour trouver la paix. Cet homme (dont on ne saura jamais le prénom) est un célibataire endurci qui semble avoir fait une croix sur toute idée du bonheur conjugal. A peine ose-t-il rêver et fantasmer sur la tenancière du bar où il passe toutes ces soirées auprès de deux autres compères de solitude. Alors que ses compagnons d’infortune lui confient des secrets, s’ouvrent à lui, en revanche lui ne dit rien le concernant, surtout pas la raison qui le pousse à porter invariablement des foulards autour du cou, lui cachant la partie basse du visage, été comme hiver. Sauf qu’un jour le foulard tombe par inadvertance et comme une Schéhérazade des temps modernes, notre héros va petit à petit dévoiler une partie de sa vie, captivant un auditoire toujours plus nombreux pendu à ses lèvres.  

J’ai été assez émue du triste sort de ce comptable englué dans la monotonie d’une vie terne et pourtant marqué par un destin tragique. Une bouche sans personne est un joli roman, plein de poésie et de nostalgie, profondément humaniste. Nous vivons quelques instants volés auprès de compagnons de route solitaires auxquels on s’attache inévitablement. Pour être honnête, c’est presque la fin qui m’a le plus déçue, l’intérêt du roman se trouvant ailleurs que dans le secret enfin dévoilé. Les réflexions de notre comptable sur la vie en général et l’indifférence de nos sociétés où le lien social est tenu, m’ont beaucoup plus intéressée et bouleversée que son passé. Si l’envie vous en dit, ne passez pas à côté de ce livre, pas si fréquent dans la production littéraire globale. Et cela fait du bien.

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