Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog

La lutte des classes aura inspiré plus d’un auteur ! De Zola en passant par Mirbeau ou encore Leonore de Recondo récemment, c’est même la relation entre employeurs et personnel de maison qui devient le pilier central du roman, thème d’autant plus révélateur qu’il s’agit d’un rapport complexe qui se joue dans l’intimité même des protagonistes.

Magda Szabo axe sa narration autour de la relation, ô combien compliquée, entre la narratrice, femme de lettre issue de la bourgeoisie de Budapest et Emerence, son employée de maison, matrone au caractère bien trempé, véritable figure du quartier. L’une est maniérée, fragile et complétement déconnectée de la réalité d’un quotidien loin d’être évident, vivant dans sa bulle de confort parmi ses livres, l’autre est une paysanne du peuple à qui on l’a fait pas, pour qui lire est une lubie de bourgeois (encore pire celle de vouloir vivre de sa plume), et qui ne poserait son balai pour rien au monde, même pas le jour du seigneur ou à Noël. L’une est évanescente, l’autre est pragmatique et fière à l’extrême, sans une once d’humour. Pourtant, elles cohabiteront des décennies, alternant prises de bec et touchantes attentions. La narratrice voit en Emerence la mère qu’elle a trop tôt perdu et malgré son manque d’affect envers le genre humain, Emerence voit en son employeur l’enfant qu’elle n’a jamais eue.

Mais alors, quid de cette porte ? La porte symbolise de nombreuses choses dans le roman : la porte sépare matériellement Emerence du reste de la population, personne n’ayant droit de franchir son seuil, sous peine de vives remontrances. La porte protège Emerence des intrusions extérieures, de la menace sourde du dehors. La porte marque également la séparation sociale car la bourgeoisie incarnée par la narratrice n’est pas invitée chez les prolétaires, n’y a pas sa place.  Elle ne finira que très tardivement pas y mettre le pied mais ce privilège lui coûtera cher.

On dit de Magda Szabo qu’elle s’est très fortement inspirée de sa propre relation avec sa domestique pour écrire ce roman. Je ne sais pas si c’est vrai et au final peu importe. La porte n’est pas facile à appréhender je vous le confesse. J’ai parfois hésité, lutté même pour avancer car le style de Magda Szabo n’est pas évident. Pour autant, on ne peut rester insensible devant ce portrait de femme (je parle de celui d’Emerence vous vous en doutez) qui horripile tout autant qu’elle émeut, vous saurez bien assez tôt pourquoi mais je m'arrêterais là :) 

Partager cet article

Repost 0
Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :