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Froid et implacable roman, ou devrais-je dire biographie, docu-roman, récit personnel, essai historique, hagiographique, pamphlet, quoi, tout cela à la fois ?! C'est fort probable amis lecteurs.

 

Vous pouvez le croire à cette histoire : un officier SS, responsable de l’approvisionnement en zyklon B de toute l'industrie de la mort nazie, ce serviteur zélé du régime, chimiste reconnu et réputé, cadre loyal et père de famille, serait en réalité un infiltré, un farouche opposant politique ? Kurt Gerstein, un bon chrétien à la foi intense, serait volontairement entré dans les SS pour faire la lumière sur les horreurs commises par les Nazis sur les plus faibles, les handicapés en 1e lieu puis sur le peuple juif par la suite. Dingue comme histoire et pourtant, récit foutrement véridique, « d'après une histoire vraie » comme on dit.

 

Alain Le Ninèze s'empare d'un des mystères que renferme cette sombre période et nous livre sa vision de ce personnage, ambigu à l'extrême, dont on ne sait encore à l'heure actuelle s'il fut sincère et profondément révolté par la barbarie nazie, déterminé à dénoncer ces atrocités au monde entier ou un affabulateur, un illuminé sans doute convaincu de sa mission biblique, néanmoins artisan grotesque d'un génocide honteux.

 

A travers un travail minutieux d'enquêtes, des comptes-rendus sinistres aux témoignages des pires ordures du régime, de ceux des témoins et proches de Kurt Gerstein, en passant par les thèses sur sa personne ou encore des rapports rédigés par la main même de notre officier SS qui tentera de se justifier jusqu'au bord du gouffre, Alain Le Ninèze retranscrit de manière lapidaire, concise et effroyablement précise, cette ambiguïté fascinante, il n'y a pas d'autres mots. Gerstein fut-il un monstre ou une victime collatérale d'un destin hors contrôle ?

 

L'énigme Gerstein m'a fait froid dans le dos et vous choquera, forcément. Rien ne nous sera épargné de toute la barbarie nazie, rien. Pires encore les passages d'un horrible cynisme pendant lesquels les plus hauts gradés aborderont les chambres à gaz d'un point de vue purement industriel : comment tuer le plus de juifs possibles de manière la plus efficace, comparant les mérites du monoxyde de carbone à ceux du zyklon B. Bref.

 

Et pris dans cette tourmente, l'auteur, qui jusqu'au bout ne saura déchiffrer cette énigme et nous laisse, lecteurs, nous forger notre propre opinion sur cet homme qui aura tenté d'alerter les plus hautes autorités de l'Eglise, le pape Pie XII et même les Alliés. Et faire face, impuissants, à la fatalité, à cette indifférence générale. D'une tristesse sans nom...

 

 

 

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