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Le problème avec les livres sur la drogue, c'est qu'au-delà du roman, la vérité apparaît souvent dans sa plus stricte noirceur, un abîme de désolation où la moindre parcelle d'espoir s'envole à peine évoquée. On ne peut déguiser ou atténuer l'horreur impliquée par la drogue, des effets destructeurs sur de pauvres hères accros à la dope en passant par l'incroyable logistique induite par cette filière lucrative au possible qui décime innocents comme bourreaux sur son passage, sans distinction.

 

 

Don Winslow s'attaque à l'histoire du trafic de drogue sur le continent américain, une histoire sur plus de 20 ans, depuis la fin des années 70 jusqu'aux années 2000, de l'émergence du trafic d’héroïne au Mexique, en passant par les cartels colombiens et les liens tissés entre des politiciens corrompus et les narcotrafiquants, union bénie par l'Oncle Sam y voyant une manne inespérée pour lutter contre la propagation du communisme en Amérique centrale et du Sud. Si vous en doutiez, lisez La griffe du chien et vous ne verrez plus les choses de la même manière. Édifiant et effrayant devant l'abomination à l'état pur. Fin des illusions, le monde des bisounours n'est plus. Place au monde des narcotrafiquants les plus cruels, chorégraphes d'un ballet macabre où morts et victimes en pagaille s’égrènent tout le long des 900 pages de ce docu-fiction intense que je n'ai pu lâcher.

 

A bas le manichéisme : ici les flics sont parfois aussi pourris que les bourreaux, les victimes ambiguës, les méchants capables parfois d'actes d'amour et de bonté, les prêtres côtoient les escort girls de luxe, dînent aux tables des puissants aux cotés des dealers, baptisent leurs enfants. Et quand un flic un tant soit peu intègre s'attaque à la pègre, tous les moyens sont bons, peu importe les victimes sur son passage. C'est le quotidien d'Art Keller, notre héros, flic américain obsédé par la lutte contre le trafic de drogue qui gangrène le quotidien du Mexique. Nous le suivons sur plus de 20 ans, motivé par la seule vengeance : faire payer les frère Barrera, « seigneurs des cieux », qui tiennent tout le monde par le fric ou la menace, c'est à voir. Et à la fin, n'en restera plus qu'un.

 

La griffe du chien est une prouesse absolue du genre ! Quelle claque dans ma figure naïve ! Don Winslow est un magicien des mots qui donne à chaque phrase un goût de fiel qui dérange atrocement et ne nous épargne pas. Y'a pas à dire, c'est une réussite à tous points de vue. Il est clair que je lirai la suite sortie récemment. Pas tout de suite cependant car les séquelles sont encore un peu fraîches.

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