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Agressez un gouverneur polémique genre vieux cow-boy conservateur (avec santiags et tout le tralala) à coups de gravillons dans sa face et devenez ainsi le phénomène viral de la blogosphère américaine. Les médias parlent de vous, les gens se transmettent votre nom avec effroi, les uns admiratifs devant tant de courage et de culot, les autres outrés face à la manifestation évidente d'un libéralisme gauchiste sanguinaire, dangereux pour la survie de la nation américaine.

 

Faye Andresen- Anderson ou Calamity Parker comme on la surnomme désormais, devient l'icône des Américains et ébranle l'opinion publique qui ne sait que penser de cette sexagénaire libérale qui n'a pas hésité à agresser un homme politique. Fascinante Faye qui l'est tout autant pour son fiston, prof de lettres blasé d'une faculté moyenne de Chicago, résigné face à des élèves ignares plus impliqués dans leurs profils sociaux et la prose texto destinée à décrire leurs états d'âme du moment que dans l'étude de la logique dans l’œuvre de Shakespeare (ce qui ne leur permettra pas de gagner leur vie, soyons en phase avec ce constat).

 

Depuis ses 11 ans, Faye est devenue un mystère pour son fils qu'elle a abandonné sans aucune forme de procès, un jour, comme ça sans crier gare. Allez aux oubliettes, le mari chiant comme la mort ainsi que l'enfant hypersensible qu'on ne sait pas aimer comme il faudrait, tout du moins comme la petite société bien-pensante de la banlieue résidentielle de Chicago aimerait qu'on le fasse : un dévouement total envers sa famille et un abandon de sa personnalité, de ses aspirations en tant que femme.

 

Acculé face à son éditeur devenu pressant, Samuel voit en ce scandale, l'occasion d'écrire LE roman, celui qui le propulsera dans les hautes sphères du gratin littéraire (et payer ses dettes), sortir de sa morosité morbide, d'un train-train quotidien proche des abysses, avec comme seuls amis des gamers virtuels accros à un jeu en ligne, type WAW.

 

L'occasion pour Samuel d'élucider le mystère autour de sa mère et pour Nathan Hill, le moyen de passer au peigne fin 40 ans d'histoire américaine, des années 60 contestataires engluées dans une guerre du Vietnam interminable qui divise la nation en passant par l'Amérique ultra connectée d'aujourd'hui qui oscille entre libéralisme totale et tentations conservatrices, sans oublier l'Amérique de l'après 11 septembre et le conflit en Irak, véritable traumatisme.

 

Les fantômes du vieux pays c'est 700 pages à digérer tant les sujets brassés sont riches et significatifs : la guerre, l'amour, le sens du devoir comme seul aiguillon de sa vie ou bien suivre ses instincts, ses intuitions et se laisser porter, la solitude dans laquelle nous sommes désormais enfermés, ultra connectés et pourtant si seuls, la société bien-pensante qui colonise tous les aspects de notre vie, jusqu'à notre façon de nous nourrir, bio, locavore et sain versus malbouffes, la paupérisation intellectuelle d'une classe moyenne qui ne jure que par facebook, twitter, instagram, miroirs cruels.

 

Pas étonnant que Nathan Hill ait mis 10 ans à rédiger ce roman ; on sent ses tripes dans chaque phrase, ça tacle à tout va sans distinction au cœur d'une valse narrative virevoltante qui ne laisse aucun répit au lecteur. La trame fictionnelle n'a d'ailleurs que peu d'intérêt selon moi. Ce roman est aussi et avant tout un essai politique, un livre dont le sujet de fond, à savoir la société américaine dépeinte avec tant d'acuité et un ton acerbe, s'impose telle une évidence. J'ai eu quelques doutes au départ, je ne voyais pas vers quoi Nathan Hill nous embarquait. Et le déclic est venu pour mon plus grand bonheur.

Les fantômes du vieux pays est un roman exigeant, ne vous y trompez pas, mais comme ça bien du bien de se confronter à cette littérature !

 

Merci aux éditions Gallimard et à Babelio pour cette lecture saisissante qui m'ouvre de nouvelles perspectives.

 

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