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Qu'on le veuille ou non, les pires salauds que la terre ait portés fascinent. L'écrivain comme le lecteur.

Charles Manson, ce gourou hippie et sa horde de groupies dévouées corps et âme jusqu'à sacrifier leur jeunesse, leur vie, font partie de ces figures charismatiques qui continuent, quelques 40 années après leur méfait, à inspirer la création artistique, muses malgré elles.

 

Emma Cline ne déroge pas à la règle en consacrant le sujet de son 1e roman à cette secte de jeunes gens, principalement des femmes vulnérables et endoctrinées qui ont un soir massacré l'actrice Sharon Tate, alors enceinte, dans sa villa californienne.

 

Mais ce que j'ai considérablement apprécié, est le parti pris narratif. Exit, le focus gore et sanglant sur cette bande de filles complètement frappadingues, menées par la spectaculaire Susan. Bien entendu, Emma Cline évoque ces tristes figures mais à travers le regard d'Evie Boyd, adolescente mal dans sa peau, qui du haut de ses 14 ans, découvre bien trop jeune les errements auxquels nous mènent la solitude et le mal être de manière générale.

 

Fascinée par cette bande de jeunes femmes libres (pense-t-elle), insoumises, rebelles, si fières de leurs corps, totalement à l'aise avec leur sexualité, délivrées du carcan conformiste de cette société américaine de la fin des années 60, ces filles renvoient Evie à la triste normalité de son existence solitaire, délaissée par sa mère et son père, récemment divorcés. Evie se trouve à un âge où elle se questionne, sur tout : son corps, sa sexualité, son rapport aux hommes, aux femmes, les notions d'amitié, d'amour, qu'attend-t-on d'elle, quel avenir se créer. Touchante Evie qui se cherche une place dans cette société en pleine mutation et qui pense trouver, dans ce groupe hippie qui l'accueille à bras ouverts, une famille qui lui fait tant défaut. Sous le regard perçant de la farouche Susan, Evie se sent transportée dans une tribu de cœur avec laquelle elle découvre l'interdit : la drogue, le sexe, la liberté d'agir sans tabous. Jusqu'au drame.

 

Très beau roman d'initiation, The Girls est une petite pépite de justesse. Emma Cline y décrit parfaitement les tourments de l'âge adolescent avec un style limpide qui n'épargne pour autant pas le lecteur, fable féroce et cruelle derrière de simples apparences. Un 1e roman qui met du plomb dans la tête et que je recommande fortement. Et une plume que j'espère bien retrouver sous peu.

 

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