Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog

Savant délire doublé d’une belle réflexion sur la culture Yiddish, voilà ce que nous offre l’Américain Peter Manseau avec son roman Chanson pour la fille du boucher. Il s’agit d’une intelligente et joyeuse lecture (ce qui n’est pas si commun) qui m’a enchantée tout du long, qui se lit et se savoure comme une épopée fantasque.

Un jeune thésard américain un peu paumé, dont le métier consiste à récupérer et cataloguer toutes les manifestations littéraires de la langue Yiddish à travers le monde, devient malgré lui le traducteur des mémoires d’Itsik Malpesh, vieillard de 90 ans qui se réclame être le plus grand poète yiddish encore vivant. Chargé de transmettre son témoignage pour la postérité, il rend compte de l’histoire d’Itsik, entrecoupé de ses propres réflexions sur le rôle et l’impact de la traduction, suivant l’adage qui veut que « Traduire c’est trahir ». Le tout est saupoudré de ses remarques sur la véracité des souvenirs et propos d’Itsik Malpesh, qui donnent une vraie dimension comique au roman. L’histoire d’Itsik Malpesh est en soi un conte, une épopée chevaleresque, je dirais même un roman courtois. Promis dès le début à une mort certaine, le jeune Itsik sera malgré lui ballotté à travers la Russie antisémite du début du XXe. Échappant au pogrom, il traverse l’Europe avec une seule idée en tête qui guidera ses pas : retrouver la fille du boucher, celle qui lui sauva la vie alors qu’il venait à peine de naître. Obsédé par cette marotte, il n’aura de cesse de célébrer cette chimère par ses poèmes, là où le guident ses pas (jusqu’aux USA) et le hasard des rencontres. Chanson pour la fille du boucher de Peter Manseau est un roman touchant, drôle et décalé. Je suis littéralement sortie de cette lecture avec le sourire aux lèvres et l’impression d’avoir voyagé et accompagné Itsik Malpesh tout au long de ses pérégrinations. Les personnages sont profondément attachants, imparfaits dans leur quête d’absolu et dans leurs illusions. Réflexion sur la pérennité d’une culture Yiddish en perdition et sur le pouvoir des mots et de l’imaginaire, c’est aussi une belle histoire d’amour.

Une véritable découverte que ce roman ; j’espère en découvrir d’autres de Peter Manseau qui pour l’anecdote est le fruit de l’amour d’un prêtre et d’une nonne ayant renoncé à leur vœux !

Chanson pour la fille du boucher de Peter Manseau, Livre de poche

Partager cet article

Repost 0