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Âmes sensibles s’abstenir. Monsieur le commandant de Romain Slocombe ce n’est ni les aventures de Oui Oui ni un bon Barbara Cartland qui se lit au coin du feu avec une bonne verveine pour seule compagne. Dans ce roman, il est question de haine, de trahison et d’amour sur fond d’occupation allemande pendant la seconde guerre mondiale…Tout un programme.

Le roman prend la forme d’une longue lettre de confession envoyée par Paul-Jean Husson, hommes de lettres et académicien de renom, aux autorités d’occupation allemande. Cet antisémite notoire, fervent partisan de la politique collaborationniste de Vichy entend narrer la passion destructrice et immorale qu’il éprouve pour sa belle-fille allemande, accessoirement juive, et là vous vous dites, nous y voilà ! La confession n’est en fait qu’une tentative de justification d’un acte que l’on comprend très rapidement : Paul-Jean Husson compte dénoncer sa bru. On entre de plain-pied dans la tragédie grecque !

Le livre déroule la genèse puis l’épanouissement de cet amour devenu obsessionnel, révélant les atermoiements d’un homme aux prises avec ses contradictions : désirer un être que l’on aurait rejeté d’ordinaire tout en prônant si ardemment les mesures anti-juives de Vichy.

Le roman est donc la confession d’un homme vieillissant, touché par la grâce du désir et de l’incontrôlable. C’est le portait d’un homme pathétique et le talent de Romain Slocombe dans ce récit est de m’avoir presque rendu touchant cet être abject. Là je dis belle prouesse littéraire ! Parce que le livre n’est pas tendre, il est violent et cru dans le choix des mots et le traitement du thème. Le récit est entrecoupé de passages virulents qui vilipendent tout de go la politique gauchiste de l’entre-deux guerres et la dégénérescence d’une culture occidentale qui doit, selon Paul-Jean Husson, se débarrasser de la vermine juive, capitaliste et corrompue. Ce n’est pas une partie de plaisir question lecture. Je pouvais presque imaginer ce bourgeois antisémite écrire rageusement cette lettre, s’emporter, souffler, fulminer en noircissant les pages. Paul-Jean Husson décide de sacrifier son amour sur l’autel de ses idéaux et pour ne plus souffrir l’insoutenable.

Personnellement j’ai apprécié Monsieur le commandant bien que je me sois légèrement perdue en cours de lecture pour mieux y revenir. C’est un roman sans concession, puissant et cruel qui ne laisse pas indemne. J’en suis ressortie légèrement sonnée je dois l’avouer. Si cela vous arrive, faites-comme moi et ruez-vous sur un bon roman détente après…

Monsieur le Commandant de Romain Slocombe, editions Pocket

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