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Et oui, je le confesse. De temps en temps il m’arrive de craquer (comme tout bon lecteur qui se respecte) pour un livre distingué par l’intelligencia littéraire, en l’occurrence le prix Renaudot 2012. Et bien il faut reconnaître que Notre-Dame du Nil de la rwandaise Scholastique Mukasonga mérite amplement ce prix !

Le roman s’ouvre sur la rentrée des classes du lycée pour jeunes filles de Notre Dame du Nil, qui accueille en son sein l’élite rwandaise (Hutu), cette élite ayant nouvellement accédé aux plus hautes sphères du pouvoir. Le lycée tenu de main de maître par des religieuses et le père Hermenegilde (loin d’être de douces brebis), surplombe la mythique source du Nil. Au sein de ce microcosme, les tensions et les rancœurs vont atteindre leur paroxysme dans cet univers cloisonné de femmes, qu’un rien suffit à embraser. En effet, le lycée accueille une minorité Tutsi, l'ancienne élite dirigeante sous l’ère coloniale (et donc perçue comme une ethnie traître), de plus en plus contestée et rejetée par la majorité Hutu. Ces haines ancestrales entre Hutus et Tutsis, fruits de frustration, de jalousies et de luttes de pouvoir, vont insidieusement troubler le paisible quotidien du lycée.

Ce qui est frappant dans ce roman est le talent de conteuse de Scholastique Mukasonga. Elle sait parfaitement rendre palpable cette atmosphère de tensions dont on sait qu’elle finira par aboutir sur quelque chose d’irréversible. Tout au long des pages j’ai comme retenu mon souffle, intimement persuadée de l’imminence d’une catastrophe.

Mais le roman est également et avant tout un roman historique qui nous offre à découvrir un pan méconnu de l’histoire rwandaise. Il met en lumière les origines de cette rivalité ethnique ayant conduit en 1994 au massacre d’un million de Tutsis en seulement cent jours. La famille de Scholastique Mukasonga, dont la mère de l’auteure, a d’ailleurs été profondément touchée par ce génocide.

Le roman réussit le tour de force de livrer sans étalage de violence gratuite, avec sobriété même, l’émergence d’une haine viscérale muée en conflit social et politique. En filigrane Scholastique Mukasonga en profite pour dénoncer la responsabilité des colonisateurs belges qui en tirant profit de cette rivalité ancestrale, ont conduit à l’irréparable. A travers ce roman,c'est la dure question de l’accès à l’indépendance des anciennes colonies qui est soulevée. Bref, inutile de vous dire que ce livre est un témoignage puissant, un hymne à la tolérance et un profond réquisitoire contre la haine raciale et la discrimination. C’est à lire d’urgence !

Notre-Dame Du Nil de Scholastique Mukasonga, éditions Gallimard

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